3.3.05

Les reines de l'espace

Elles sont sans pitié, elles traquent sans relâche, elles punissent allégrement, elles font exécuter leurs ordres, et les monteurs obéissent volontiers: ce sont les trois correctrices ortho-typographistes. Au contraire des décisions des correcteurs édition, qui peuvent porter à contestation, leurs modifications ne peuvent être que bénéfiques. Grâce à elles, le magazine ne devrait pas comporter de fautes. Pour les fautes d'orthographe, apparemment, elles n'ont pas eu grand chose à faire, « on est une promo plutôt pas trop nul de ce côté-là. » Pour les fautes de typo, elles ont par contre dû ingurgiter un petit code typographique et assimiler toutes ces subtilités: on écrit "dix" travailleurs mais "10" ans si c'est une comparaison; on met des « guillements français » avec espace quand c'est une citation, mais des "guillemets anglais" sans espace quand c'est une allusion ou une citation à l'intérieur d'une autre citation; on écrit "Urssaf" parce que ça se prononce comme ça s'écrit mais "ANPE". La faute la plus courante: avant les deux points, on a souvent oublié qu'il faut un espace.

28.2.05

Grosse tete nous? jamais!

Plus de 2000 photos ont été prises à Marseille. Soit par les rédacteurs, soit par un "photographe" qui les accompagnait. A ajouter à cela toutes les photos chinées à droite à gauche, les illlustrations à trouver. Les trois red-chefs icono, qui justement sont en charge des images, ont pas mal de boulot. Car il a d'abord fallu les trier, les numéroter, les attribuer à une personne (un coin "perdu de vue " a été créé dans la salle des ordis, afin de déterminer qui sont certaines personnes prises en photo). Ensuite, il a fallu vérifier la qualité des photos, en commander d'autres au dernier moment, quand on s'est apercu que par exemple, il n'y avait pas de "gens" sur une page ( c'est toujours très important d'avoir des "gens" pour un article. Et timidité ou maladresse de notre part, on n'a justement pas toujours pensé à les prendre en photo, ces "gens", ou alors de trop loin). Et puis, chaque rédacteur est venu demander "sa" photo, celle qui allait avec son article. Et c'est là apparemment qu'il y a quelques prises de (grosse) tête: "Certains veulent absolument faire paraître "leur" photo, même quand on voit bien qu'elle ne va pas avec le papier. En fait, c'est ca le boulot le plus chiant, quand il faut satisfaire les egos de chacun..."

25.2.05

Dans le bocal


La conception du magazine, c'est un peu comme entrer dans la quatrième dimension pendant quelques jours. Entre les corrections des articles, le montage des pages (chacun doit monter deux pages en moyenne), les corrections sur les pages montées, les réunions brain storming autour des titres, on passe énormément de temps à l'école. Le pire est sans doute pour les rédac-chefs. Ils arrivent plus ou moins tous à 9h, et ressortent de l'école à 20 h. Et quand ils trouvent un peu de temps pour manger, ils se font livrer leur bouffe par de gentils camarades, pour manger sur place bien sûr. Quant aux plus frileux, comme Faustine, une des red-chef techniques (ceux qui s'occupent d'encadrer les personnes qui montent, font la maquette, des pages), elle n'est même pas sorti de la salle des ordinateurs de la journée, car c'est là qu'il fait le plus chaud. Et elle tourne, elle tourne, autour des ordis, toute la journée.

23.2.05

Une nouvelle forme de torture: toujours plus court


100 pages, à 56 étudiants, chacun s'occupant en moyenne d'au moins 2 sujets: forcément, peu d'entre nous pouvons faire the enquête super fouillé qui révélera toutes nos qualités journalistiques. On doit se partager les pages et la guerre des signes avant les vacances a été rude. Certains ont bien tenté de soudoyer nos rédac-chefs pour quelques malheureuses lignes supplémentaires mais rien à faire, ils sont intraitables. Alors, le plus dur dans la rédaction des articles semble bien de couper, couper, encore couper, pour se rapprocher des prévisions de départ. Mais 500 signes pour parler d'un sujet qu'on trouve forcément passionnant, c'est rude, et on entend dans la salle des ordis, mugir les apprentis journalistes, qui viennent dans tous leur textes, tailler et égorger leurs mots.

13ème version


13, c’est le record de versions corrigées d’un même article détenu à l’école. Sera-t-il battu cette année ? Car pour que le sujet arrive bien dans la page prévue, c’est le parcours du combattant. Pire que la 1ème compagnie. L’objectif : conquérir le BAT, ou bon à tirer. Premier obstacle : les rédac-chefs. Et que peut bien faire un pauvre auteur solitaire, qui a accouché de sa prose dans la douleur, face à ce trio tout puissant ? Rien, juste leur obéir. Une fois, deux fois, et plus si nécessaire. Mardi après-midi, on en était déjà à la 4ème version pour certains. Des modifications de forme, de style, un point de vue divergent à ajouter, une spécificité marseillaise à démontrer, des vérifications à effectuer : autant de raisons de passer l’article, et son auteur, à la moulinette. L’épreuve se poursuit quand on passe devant le jury suprême : Eric Maîtrot et Dominique Mobailly, les généraux en chef (et aussi, ceux sur qui les procès peuvent retomber s’il y a contestation). Quand il y a divergence, c’est eux qui tranchent. Leur sentence est définitive. Sans leur sésame, le fameux BAT, on reste hors du jeu. Si on parvient à surmonter cette étape, le parcours n’est pas fini ; mais il ne relève plus de notre capacité, notre sort est entre les mains des éditeurs, l’article ne nous appartient plus. Titre, châpo, coupes, reformulations : ils sont chargés de « mettre les texte en valeur », mais peuvent au passage nous laminer, ces caporaux, nous changer le titre qu’on trouvait si génial par exemple. On rampe ensuite vers la fin du parcours. On passe devant un autre jury, les correcteurs, qui vérifient si la tenue est bien réglementaire (les fautes d’orthographe et de typographie). Alors seulement, on peut partir à la mise en page.

Réunions, désillusions

C’est sûr, ça marche mieux quand on se voit. Et pour être sûr que tout le monde soit là, mieux vaut prévoir une réunion, à une heure précise si possible (sachant que le retard est quasi-chronique chez les rédac-chefs). Au programme donc pendant ces deux semaines, une pléthore de rassemblements. Et ça commencait hier, mardi. Pour le point quotidien, c’était à 14h30. Première réunion, premières déceptions : une demi-douzaine d’étudiants seulement, en plus des « chefs », dans l’amphi. Pour la finalisation de la balade polar et du city-guide, les personnes intéressées sont bien présentes, mais en retard. Quant à la première réunion du premier cahier ( il y en a 6 dans les magazine), celle qui était déjà prévu avant les vacances à 14h, reportée à 17h, puis à18h, elle a été annulée au dernier moment. Ceux qui étaient là depuis le début de l’après-midi ont crié au scandale. Mais, aux dernières nouvelles, on est encore dans les temps.

De la démocratie à l’ESJ

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Parce qu’il faut bien un peu d’organisation, on a élu trois rédacteurs en chef. On n’avait pas pensé que ce trio se transformerait en triumverat autoritaire, style dictature. Car c’est eux qui décident, et on ne discute pas. Genre : « Là ta phrase, elle est pas terrible. - Ben si pourquoi. - Je te le dis, c’est tout, c’est ça le pouvoir ». Parfois un souffle de contestation bruisse dans la salle des ordinateurs, mais la révolte reste muette : la sentence suprême, « désolé, plus de place pour ton article » peut si vite arriver. Ajouté à cela une panoplie de red-chefs icono, édition, correction, maquettiste, on se croirait avec Tintin chez les Soviets. On nous a prévenu : « Ca a l’air un peu policier, toute cette organisation, et bien ça l’est ». Qu’on se le tienne donc pour dit, les red-chefs ont toujours raison.

De la peine, des larmes et de la sueur

Deux mois de préparation, une semaine sur place, quinze jours de vacances (ouf) et nous voilà, petits étudiants en école de journalisme, à concrétiser « notre » premier magazine. Notre mission, qu’on a déjà acceptée mais pas encore réalisée : fabriquer un numéro de 100 pages en deux semaines sur Marseille. La première chose à faire dans ces cas là, c’est une réunion bien sûr. Et là, « on sent que c’est la fin des vacances, y a plus la même ambiance ». Il est fin observateur, Eric Maîtrot, le directeur des études et organisateur en chef. Mais c’est sûr, quand 56 étudiants sont dispersés dans la nature, mieux vaut un peu d’organisation. Planning, réunions à gogo, dates à respecter : « On ne veut pas vous fliquer, mais quand même. C’est à vous d’être autonome. » Et dire qu’on n’a rien d’autres à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur.



Ce blog se présente comme le making of d'un magazine sur Marseille concocté par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille. Après un voyage-enquête d'une semaine, c'est le grand retour à Lille... et le début du stress. Il va maintenant falloir monter intégralement le magazine de 96 pages en deux semaines. On attend donc de l'action, de l'anecdote, du désespoir et bien sûr du retard.